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2021-05-06

MDG CHATmosphere avec Pierre Claude, éclairagiste

MDG CHATmosphere est une nouvelle série de conversations avec des concepteurs lumières et des personnes œuvrant en coulisses.

Dans cette interview, la première de la série, MDG s'entretient avec le concepteur lumières français primé, Pierre Claude, qui a notamment réalisé les tournées mondiales de Gesaffelstein, The Strokes, Phoenix, ainsi que le festival de concerts ARTE 2020. Il parle avec MDG de sa carrière et de ses inspirations.

   

Pierre Claude © Matt West l ARTE Concert Festival, Paris © Pierre LapinPierre Claude © Matt West / ARTE Concert Festival, Paris © Pierre Lapin

   

MDG : Le terme de concepteur lumières couvre de nombreux aspects, en quoi consiste votre travail ?

Pierre Claude : Je travaille principalement avec des groupes indés et je suis donc très impliqué dans leurs scénographies. En tant qu’éclairagiste, scénographe ou directeur technique je participe à toutes les étapes d'une tournée, de la conception à la programmation - y compris le timecode, la direction artistique, les visuels et la gestion technique - et bien sûr, je suis sur la route !
   

MDG : Quel chemin avez-vous pris pour en arriver là ?

Pierre : J’ai voulu être concepteur lumières très jeune. À 14 ans, je suis allé dans un magasin de sonorisation avec un ami pour y faire réparer son matériel, j'ai visité le showroom qui était équipé de scanners pilotés en maître/esclave et ce fut le coup de foudre !

J'ai étudié l'automatisation industrielle au lycée et, le week-end je faisais des petits boulots dans l’événementiel. Mon premier emploi d’éclairagiste a été à l'âge de 18 ans, dans un club de vacances pendant deux ans. J'ai ensuite travaillé dans la légendaire boîte de nuit parisienne Le Queen sur les Champs-Élysées, où je suis resté cinq ans. Le club était incroyablement bien équipé avec les dernières technologies de l'époque. Neuf heures par jour derrière la console aux côtés des meilleurs DJ de la planète au début des années 2000 fut une excellente formation ! Cependant, travailler de nuit est destructeur à long terme. Je me suis donc tourné vers l'événementiel pendant cinq ans, et j'ai finalement atteint mon objectif de travailler dans la musique live en 2013 après avoir rencontré un duo de designers très talentueux, Franz & Fritz.
   

Gesaffelstein à Intersect, Las Vegas © Michael DrummondGesaffelstein à Intersect, Las Vegas © Michael Drummond

   

MDG : Cette association vous a permis d'éclairer la tournée Requiem de Gesaffelstein, ce qui vous a valu le prix LDI 2020 de la réalisation de design lumière capacité club (équivalent de nos zéniths ou SMAC en France). Félicitations pour cette grande réussite ! Dites-nous en plus sur votre processus de conception pour la tournée ?

Pierre : Gesaffelstein est très important pour moi et nos carrières ont suivi des chemins similaires car nous avons commencé ensemble à tourner dans les clubs et des festivals européens. Sa tournée Aleph Tour en 2015 a été ma première "grande" tournée en collaboration avec Franz et Fritz. Cette tournée a atteint son apogée au festival Coachella cette année-là avec une salle pleine à craquer.

La deuxième tournée de Gesaffelstein, Requiem, en 2019, était très attendue. Son style brutal et sombre ainsi que son esthétisme hyper-minimaliste et violent faisaient beaucoup parler.

Nous étions 3 pour concevoir la tournée Requiem : Mike Lévy (Gesaffelstein), Matthias Leullier, le producteur du spectacle et très talentueux scénographe, et moi-même. Nous avions un gros budget pour ce nouveau spectacle qui a débuté sur la Outdoor Stage de Coachella, là même où nous avions fini en 2015.

Inspiré par Anish Kapoor et conçu pour compléter l'atmosphère sombre de la musique de Gesaffelstein, le décor a été recouvert de Vantablack, une peinture plus noire que noir qui absorbe presque toute la lumière. Le décor n'avait pas de bords bien définis pour réfléchir la lumière et donnait l'illusion d'un trou noir.
Je me suis retrouvé à éclairer un décor de telle sorte qu'il semble ne pas exister, au lieu de le mettre en valeur – ce fut vraiment inhabituel !
La scénographie comprenait également un système de vidéo et d'automations, mais nous avons voulu garder leurs utilisations aussi simples que possible en utilisant uniquement des aplats de couleurs ou des dégradés sur les écrans LED ainsi qu’une lumière presque entièrement blanche dans l'éclairage du spectacle.

L'effet souhaité était de faire "disparaître" la technologie et le décor en attirant l'attention du public surtout sur la musique. Cette installation coûteuse est quelque chose que nous aurions normalement voulu mettre en valeur, mais au lieu de cela, nous voulions que le public perde la tête. Les mouvements de décors n’étaient pas visibles et de nouveaux tableaux se révélaient au fur et à mesure du concert... Ce qui était un sacré pari !

Je tiens à remercier LDI, les juges, les électeurs et le métier d'avoir reconnu le défi. J’en suis extrêmement honoré !
   

MDG : Quelles sont les signatures de votre style ?

Pierre : Less is more ! Le minimalisme est important pour moi, mais aussi la synchronisation de la musique. Je ne suis pas là pour prouver quelque chose et montrer des technologies en vogue. Je suis ici pour mettre en valeur un groupe qui présente sa musique - c'est le plus important !

De plus, et mon équipe peut en témoigner, je suis intransigeant sur la précision pendant le montage. Nous ajustons et installons chaque projecteur pour nous assurer un positionnement et une symétrie parfaite respectant le design. Mes plans de feux sont d’une extrême simplicité, je programme les shows sans mouvements inutiles, sans gobos, utilisant des couleurs monochromatiques. Toute l'énergie est concentrée sur la musique et déclenchée par des intensités soigneusement prises en compte dans la programmation.

En revanche, il y aura toujours un moment au milieu du set qui sera tout à fait à l'opposé du reste du show. Pendant quelques instants, des mouvements ou des couleurs exagérés feront contraste au minimalisme choisi pour le reste du spectacle.

Je suis heureux que les jeunes qui se sont éclatés toute la journée lors d'un festival EDM, plein de lumière et d'effets spéciaux, puissent apprécier un style de spectacle différent et peut-être se concentrer davantage sur la musique.
   

MDG : Vous utilisez beaucoup de brouillard dans vos conceptions, tant sur scène que dans le public. Quelles différences y a-t-il dans la conception pour différents genres d'artistes, et types de lieux/festivals ?

Pierre : Je travaille principalement avec deux types d'artistes qui sont totalement opposés l'un à l'autre.

Avec les groupes de rock indépendant, je sais que le public veut les voir jouer, donc ça sera plus un travail de fond, l'éclairage d'ambiance qui ne prend pas le lead mais qui reste assez présent pour apporter un univers et appuyer la musique.

Dans cet environnement, la scène est très occupée par les musiciens, leurs mouvements et le matériel. Le brouillard et la fumée doivent donc être homogènes et présents sur scène en quantité juste suffisante pour donner de la profondeur.

Pour les artistes de musique électronique, je travaille de manière plus volumétrique où l'artiste est la pièce maîtresse, entouré d'un univers beaucoup plus élaboré. Le brouillard est l'élément essentiel dans la création de cet univers - épais ou fin, sur scène, mais aussi en salle pour prolonger l'aspect volumétrique des faisceaux vers le public.

Dans les salles, je peux utiliser aussi du brouillard provenant de la régie pour obtenir une parfaite homogénéité. Mais dans les festivals, il s'agit plutôt de lutter contre les éléments, tant sur la scène que dans le public, où nous devons faire de notre mieux en fonction du vent. C'est une lutte constante, mais c'est le jeu !
   

MDG : Comment MDG s'inscrit-il dans ce scénario, et pourquoi aimez-vous travailler avec les générateurs de brume et de brouillard MDG ?

Pierre : J'aime comparer l'éclairage à la peinture, la toile blanche à la fumée. La toile blanche finira par être remplie de peinture, mais si la toile est de mauvaise qualité ou si elle est trouée, le résultat sera mauvais. Pour la lumière, une belle fumée est notre toile blanche ; si elle est de bonne qualité que nous l'oublions, alors elle est parfaite. Le brouillard est là pour sublimer la lumière, pas pour prendre le lead. MDG nous donne cette qualité parfaite - un brouillard homogène, fin et contrôlable, pas trop lourd, qui nous permet de nous exprimer - notre toile blanche parfaite !
   

The Strokes © Jessica SavalThe Strokes © Jessica Saval

   

MDG : Quelles tournées et quels spectacles avez-vous conçus en utilisant les produits MDG ?

Pierre : Avant la pandémie, j'étais en tournée avec Gesaffelstein et The Strokes, et je venais de terminer la tournée de Phoenix quelques mois avant que la pandémie ne frappe. Le spectacle de Gesaffelstein à Ultra Miami a été annulé, tout comme la tournée d'été aux États-Unis et une date à l'AccorHotels Arena de Paris en septembre.
J'aurais dû commencer les tournées de Boys Noize et SebastiAn en 2020. La tournée de SebastiAn était déjà programmée, mais les fermetures dues au COVID m'ont amené, comme beaucoup d'entre nous, à travailler plutôt sur des livestreams. J'ai découvert que j'aimais beaucoup ce nouvel aspect ! J'ai travaillé à distance sur le livestream de Future Islands, j'ai fait la conception lumière du festival ARTE à Paris avec en têtes d'affiche, Sébastien Tellier, Yelle et Lous et The Yakuza, et je travaille actuellement sur un livestream spécial pour Brodinski.

MDG m'a accompagné sur tous ces projets. Bien que je sois très flexible en ce qui concerne le matériel proposé par les fournisseurs - je comprends la difficulté d'investir constamment dans des produits haut-de-gamme sous la pression des concepteurs - je demande quand même toujours autant que possible des générateurs MDG pour le brouillard ! C'est le meilleur brouillard du marché et il est facile à utiliser et à entretenir par nos techniciens en tournée.

   

MDG : Quels étaient vos spectacles préférés et pourquoi ?

Pierre : Mon projet préféré était la tournée mondiale de Phoenix de 2017 à 2019. C'était un défi technique incroyable, impliquant un miroir de plusieurs tonnes suspendu au-dessus de leurs têtes, incliné à 45 degrés. C'était une expérience visuelle incroyable, tout en posant d'énormes contraintes logistiques pour la reproduire partout dans le monde allant des petits clubs américains aux plus grands festivals mondiaux. C'était aussi un coup de cœur car pour moi, Phoenix est le meilleur groupe qui soit, incroyablement gentil et passionné, tout comme leur équipe.

Les spectacles récents que j’ai trouvés magnifiques sont The 1975 de Tobias Rylander, The XX de Michael Straun, Tame Impala de Rob Sinclair et Marilyn Manson de Nico Riot. Tous sont parfaits, de la musique à la lumière jusqu’à la scénographie. Dans tous ces spectacles le brouillard est extrêmement important et bien géré. D’accord, toutes ces tournées ont de gros budgets, mais cela n'enlève rien au talent !
   

Phoenix à Shaky Knees, Atlanta © Alive coverage l Phoenix © FujifilmgirlPhoenix à Shaky Knees, Atlanta © Alive coverage / Phoenix © Fujifilmgirl

   

MDG : Que vous réserve l'avenir ?

Pierre : Cela dépend bien sûr de ce qui se passera avec le Covid, mais je suis assez optimiste, et nous voulons tous retrouver les concerts ! Je vais peut-être travailler sur plus de livestreams car j'ai vraiment aimé ce nouveau défi, les conditions de travail sont meilleures qu'en festival en termes de temps et de préparation ! Mais il n'y a rien de mieux que l'énergie de la foule pendant un concert. Il ne m'est jamais venu à l'esprit de changer de travail. La lumière est ma passion et j'espère que les groupes seront toujours là pour me donner la possibilité de continuer à m'exprimer. Il y a encore tant à faire !

   

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